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Guerre civile du Liban, un résumé
Dossier :
  • Guerre civile du Liban
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  • La montée des périls (1966-1975)
    À partir de la fin des années 1960, la vie politique libanaise est entâchée d'affaires de corruption généralisée des fonctionnaires, contraints de démissionner par dizaines, et par les désaccords sur les thèmes de politique extérieure et de traitement de la résistance palestinienne. La classe dirigeante subit des conflits internes, l'enjeu de cette agitation étant le partage des positions de pouvoir. Les mouvements se radicalisent, et la tension grimpe.

    Les libanistes conservateurs chrétiens craignent pour la cohésion nationale, alors que les islamo-palestino-progressistes sont solidaires de la résistance. Les milices commencent à s'armer massivement, le clan pro-arabe étant soutenu par les Palestiniens, alors que les libanistes se tournent vers l'Occident. Des vagues d'affrontements commencent, elles opposent la Phalange aux Palestiniens et au mouvement national.


    Le problème palestinien
    Les camps de réfugiés servent en effet de bases d'entraînement militaire, et plusieurs centaines de fedayins lancent des opérations commando contre la frontière nord d'Israël, ou même des actions terroristes à l'étranger. Devant la résistance qui s'organise, Israël attend du Liban qu'il assure sa sécurité en contrôlant l'activité des Palestiniens sur son territoire, mais le Liban est trop faible pour résoudre le problème.

    Après la guerre des Six Jours et l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Israël en 1967, puis surtout la terrible répression jordanienne contre les fedayins palestiniens en septembre 1970 — connu sous le nom de Septembre noir —, la cause palestinienne s'enlise.

    L'armée libanaise tente en 1969 de reprendre le contrôle des camps, mais elle est trop faible. Un compromis est trouvé avec la signature au Caire sous l'égide de Nasser, en 1969, d'un accord entre Yasser Arafat — commandant de l'OLP — et le commandant en chef de l'armée. L'extraterritorialité des camps des fedayins est reconnue. Cet accord est tenu secret, car il est contraire au plein exercice de la souveraineté libanaise.

    À la différence des États arabes voisins, au pouvoir fort, qui n'hésitent pas à traiter le problème palestinien de manière radicale, la présence des réfugiés palestiniens au Liban et surtout la lutte de l'OLP contre Israël deviennent le point principal de désaccord entre les deux grands blocs.

    Pour se défendre contre les fedayins, l'armée israélienne lance de nombreuses opérations de représailles dans le Sud et jusqu'à Beyrouth. La population libanaise subit de plein fouet cette violence..


    La « guerre des deux ans » (1975-1976)
    La violence devenait déjà commune au Liban, mais on dit généralement que la guerre civile commença le 13 avril 1975. Le matin, lors de l'inauguration d'une église dans la banlieue ouest de Beyrouth, des tirs provenant d'une voiture envoyée par le SSNP tuent le garde du corps de Pierre Gemayel pour venger la mort et la torture dans les prisons infligés par ce dernier aux prisonniers du SSNP. L'après-midi, les mitrailleurs phalangistes attaquent un bus passant dans la même rue, et massacrent 27 passagers palestiniens. La spirale vers l'anarchie s'amplifie vite. Le "samedi noir", quand quatre chrétiens sont trouvés tués à coups de hache en décembre 1975, des phalangistes enragés par la mort de leurs compagnons tuent près de 200 musulmans près du siège de leur parti.

    Embuscades, guérilla urbaine entre kalachnikov et M-16, tirs de francs-tireurs non identifiés sont bientôt suivis par l'entrée en lice de canons et de lance-roquettes. Les camps de réfugiés qui encerclent la ville sont la cible privilégiée des Kataëbs ; les Palestiniens répliquent en attaquant la ville de Damour (janvier 1976), et massacrent la plupart de ses habitants chrétiens.

    Toute cette époque est marquée par des pillages et des destructions qui touchent même les grandes banques de la capitale. Beyrouth est vite divisée le long de la fameuse « ligne verte ». Cet état des choses se prolonge pendant les 17 années suivantes.


    L'intervention syrienne
    En 1976, les dirigeants maronites réclament du secours et ouvrent la voie à une intervention étrangère. Ils ne finiront pas d'en déplorer l'ampleur et la durée. Curieusement, l'aide vient de la Syrie : la crainte de voir la cause palestinienne et le Mouvement National de Kamal Joumblatt déborder dans leur pays, ainsi que la crainte d'une intervention israélienne pousse la Syrie à redéfinir ses alliances. Elle impose un cessez-le-feu et propose un rééquilibrage du partage des pouvoirs entre communautés.

    Le président Hafez el-Assad ordonne l'entrée de troupes et de blindés au Liban, en 1976, dans le but de « préserver le statu quo et mettre en échec les ambitions des palestino-progressistes ».

    Grâce à l'intervention militaire et diplomatique des puissances régionales arabes, le président libanais et le chef de l'OLP sont convoqués à Riyad cette même année. Ils sont invités par l'Arabie saoudite et l'Égypte à reconnaître la légitimité de la présence des troupes syriennes au Liban, et l'officialisent par la mise en place de la Force arabe de dissuasion (FAD).


    « Ni guerre ni paix » (1977-1981)
    Cette présence militaire souffle sur les braises et enferme les Libanais dans des luttes internes. La Syrie écarte Raymond Eddé de la présidence, car il avait fait du départ des troupes étrangères le premier point de son programme. Les efforts pour rétablir l'entente nationale ne progressent pas, et de violents affrontements opposent l'armée syrienne aux milices chrétiennes en 1978.

    En 1978, dans le Sud, le gouvernement Israélien, suite aux nombreuses agressions sur les villes du nord d'Israel organisée par l'OLP depuis le Liban, décide d'une offensive dans le Sud du pays, c'est l'opération Litani. Elle vise à repousser les milices palestiniennes au nord du pays. Aprés plusieurs semaines en territoire Libanais, les troupes Israéliennes se retirent.

    Les intérêts stratégiques provoquent un triple affrontement au printemps de 1981 : d'abord entre la FAD et les Kataëb qui cherchent à occuper Zahlé et à inclure la ville dans leur zone de contrôle, puis entre la Force arabe de dissuasion (FAD) et Israël qui fournit un appui aérien aux Kataëb contre les hélicoptères de Damas. Israël et la Syrie semblent a la veille d'un affrontement direct total. Mais un cessez-le-feu américain a pris place.


    « Paix en Galilée » (juin 1982)
    Le 6 juin 1982, après une série d'attaques perpetrées par les Palestiniens, l'armée israélienne entra au Liban, avançant jusqu'à Beyrouth. En effet, la droite israélienne était décidée à en finir avec l'OLP une fois pour toutes car selon les généraux israéliens, sa seule existence ravivait le nationalisme palestinien dans les territoires occupés, rendant les Palestiniens fermés à toute négociation avec leurs occupants.

    Les troupes de Tsahal traversent les lignes tenues par la FINUL, franchissent la ligne des 40 km nord initialement annoncée comme objectif limite par le ministre de la Défense Ariel Sharon et atteignent la capitale, où ils font leur jonction avec les Forces libanaises de Béchir Gemayel. C'était le début de l'opération paix en Galilée. Les troupes syriennes s'effondrent avec des pertes énormes.

    Environ une semaine après le début de leur invasion, les Israéliens commencent le siège de Beyrouth Ouest (où habitent 200 000 civils) où l'OLP trouvait refuge au milieu de la population civile. Le sud de la ville, ou les fedayins palestiniens avaient trouvé refuge fut exposé à des bombardements quasi-constants. Le 21 août, suivant un accord américain, l'OLP quitta Beyrouth sous surveillance internationale. Beaucoup interprétèrent cette évacuation comme la victoire maronite de la guerre. Le leader des phalangistes Béchir Gemayel, considéré unanimement comme l'homme fort du Liban, fut élu président.


    Sabra et Chatila
    Trois semaines plus tard une énorme bombe fut placée dans le quartier général phalangiste, tuant Bachir et 60 de ses partisans. Cet attentat ne fut jamais revendiqué, mais une personne, Tanios Habib Chartouni fut arrêtée. Malgré son appartenance au Parti Social Nationaliste Syrien et bien que militant avec ferveur contre Israël et ses alliés au Liban, notamment Bachir Gemayel et les phalangistes, ledit parti n'a pas revendiqué l'attentat, ou tout du moins a nié l'avoir commandité. Les services secret syriens ont toujours été montrés du doigt.

    Après l'évacuation de Beyrouth par l'OLP, plusieurs centaines de milliers de civils palestiniens restés sur place se trouvèrent brutalement privés de protection et d'encadrement. Les milices libanaises phalangistes (extrême-droite chrétienne) entrent dans les camps pour les "nettoyer" des combattants palestiniens. Les israéliens devaient contrôler le périmètre des camps de réfugiés et apporter un soutien logistique alors que les phalangistes auraient pour mission d'entrer dans les camps, de trouver les combattants afin de les livrer aux israéliens. Le 15 septembre, l'armée israélienne avait complètement encadré les camps et contrôlait tout accès, tout en mettant en place des postes d'observation sur les toits d'immeubles avoisinants. Durant les deux nuits suivantes, les israéliens illuminèrent les camps à l'aide de fusées éclairantes, pendant que des phalangistes, accompagnés d'autres milices, entrèrent dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila situés a la sortie de Beyrouth pour punir les « terroristes ». Au cours de deux jours de massacres violents, la milice tua un nombre élevé de civils (certaines sources vont jusqu'à un total de 3000 à 3500 personnes), parmi eux des femmes et des enfants.

    Pendant l'opération, les Israéliens n'ont plus aucune information directe sur ce qui se passe à l'intérieur des camps. Des militaires israéliens surprennent, sur le téléphone des phalangistes, des conversations qui éveillent leur inquiétude quant au comportement des miliciens chrétiens à l'intérieur des camps. Le commandant israélien, informé de ces suspicions, a sévèrement averti les officiers des Forces libanaises de ne pas faire de mal aux civils, ceux-ci l'ont assuré que des ordres ont été donnés dans ce sens.

    Quelques heures après l'entrée des phalangistes dans les camps, le chef des services de renseignements de Tsahal reçoit une information parlant de 300 morts à Sabra et Chatila. Aucune confirmation ne peut être obtenue. Des rumeurs analogues, d'un massacre en cours dans les camps, commencent pourtant à circuler. Mais tout cela semble trop vague pour justifier une intervention.

    Pendant ce temps, le commandant de la région nord de Tsahal rencontre le commandant en chef de l'armée régulière libanaise. Il tente de le persuader que l'armée libanaise doit entrer dans les camps palestiniens. Il l'adjure de parler en ce sens au premier ministre du Liban. " Vous savez ce que les Libanais sont capables de se faire les uns aux autres ", dit-il. " C'est important, vous devriez agir maintenant. " La réponse sera négative.

    Une autre version des faits, appuyée par de nombreux témoignages et enquêtes prétend qu'au contraire l'armée israélienne a pleinement participé au massacre. La seule enquête officielle dont la conclusion a été rendue publique en fevrier 1983 faite par une commission israélienne dirigée par Itzhak Kahane, le chef de la Cour suprême a conclue à la responsabilité des phalangistes et à la "responsabilité personnelle" de M. Sharon. On peut lire pour information, l'article de Pierre Pean "Sabra et Chatila, retour sur un massacre", Le Monde Diplomatique, septembre 2002.


    Le mandat d'Amine Gemayel
    Amine Gemayel succède à son frère à la tête de l'état et rappelle la force multinationale à Beyrouth. Son sexennat commence sous le signe de l'espoir. Plusieurs passages sont ouverts entre les deux parties de Beyrouth, et de nombreux émigrés reviennent et avec eux, de l'argent et des projets.

    Les États-Unis offrent un soutien financier pour la reconstruction de l'administration, des infrastructures et de l'armée. Un accord est signé stipulant la fin de l'état de guerre et un retrait israélien conditionné par un retrait simultané des forces palestiniennes et syriennes. Amin Gemayel a d'ailleurs dissous le commandement de la FAD le 31 mars.

    Le gouvernement du président Gemayel fait peu de cas de l'opposition de Damas à ses négociations avec Israël, et le général Assad choisit d'appuyer par tous les moyens les forces d'opposition qui se mobilisent. Le chef de l'OLP, Yasser Arafat, revient au Liban avec un petit groupe de combattants, et s'engage dans des affrontements contre des Libanais soutenus par la Syrie, mais il doit quitter le Liban en décembre 1983.


    La « guerre de la montagne » (1982 - 1984)
    Les affrontements eurent aussi lieu dans les montagnes du Chouf. Habitée par des druzes et des chrétiens, la région avait jusque là été épargnée par la guerre. Les miliciens phalangistes harcèlent les civils druzes. Bien vite, des représailles puis des violences religieuses éclatent. Le gouvernement menace d'envoyer l'armée, mais les druzes refusent, craignant que les troupes ne s'allient avec les phalangistes.

    Le leader druze Walid Joumblatt bombarde alors l'aéroport de Beyrouth et attaque les positions de l'armée libanaise dans la ville. Quand les Israéliens se retirent de la montagne, l'armée rejoint les phalangistes contre les druzes et la milice chiite, Amal. Les druzes gagnent la partie avec le soutien de l'URSS. Des milliers de civils maronites sont contraints à partir en exil, sous crainte d'être massacrés, jusqu'à ce que les Américains, dans leur élan anti-soviétique, bombardent les positions druzes et négocient un nouveau cessez-le-feu.


    La renaissance chiite
    Les forces internationales arrivèrent à Beyrouth en 1982. Toutefois, les américains étaient considérés comme des alliés d'Israël, et l'opposition se renforça. En avril 1983, un attentat contre l'ambassade américaine tua 63 personnes et laissa 100 blessés. Des attentats suicides causèrent la mort de 256 marines et 58 militaires français (attaque du poste Drakkar). La force multinationale battit en retraite, sans gloire, en février 1984.

    Une petite organisation islamiste chiite connue sous le nom de Hezbollah ou « parti de Dieu » pouvait être responsable des attaques. Pourtant, les chefs du Hezbollah rejettent toute responsabilité. Il est plus probable qu'un groupe plus petit et plus radical soit responsable des attentats (le Djihad Islamique?).

    Les chiites, largement évincés de la lutte sunnito-maronite pour le pouvoir et ignorés par le gouvernement avaient toujours été les pauvres du Liban. Concentrés au sud et dans la Bekaa, ils avaient subi les attaques dans les raids israéliens contre les Palestiniens, et transformés en réfugiés, concentrés dans la banlieue de Beyrouth.

    Les gardes de la révolution iranienne commencèrent à prêcher et à entraîner les plus démunis. Le terrain était fertile pour un message rejetant l'impérialisme occidental, et sa volonté de se sacrifier pour sa cause transforma le Hezbollah en une redoutable force de combat. L'organisation commença à utiliser une des tactiques les plus redoutables des milices libanaises, l'enlèvement, et provoqua l'exode de la plupart des occidentaux.


    « Guerre de libération contre la Syrie » (1988 - 1989)
    L'ébauche d'une solution mettant fin à la guerre est longtemps bloquée par le désaccord de fond sur les priorités à observer. La gauche et les chiites réclament l'abandon du communautarisme politique, alors que les chrétiens refusent d'envisager l'avenir à l'ombre des troupes étrangères.

    Cependant, le vrai pouvoir est encore entre les mains des milices. Vers septembre 1988, le mandat d'Amine Gemayel est sur sa fin, et le vote des députés pour un nouveau président est empêché par les milices. Gemayel demande alors à son chef d'état major, Michel Aoun de tenir un gouvernement militaire d'intérim. La position anti-syrienne d'Aoun était mal vue à Damas, et les Syriens se sont opposés à sa nomination, tout comme les Américains. Gemayel nomma aussi trois officiers chrétiens et trois autres musulmans pour servir sous les ordres de Aoun, mais les musulmans ont refusé de rejoindre leurs postes, formant leur propre gouvernement dans Beyrouth-ouest.

    Aoun était décidé à chasser les Syriens du Liban, et les affrontements continuèrent pendant l'année 1988. La France commença à fournir de l'aide humanitaire aux deux partis, mais étant donnée son amitié traditionnelle avec les maronites, ce geste était suspect pour les musulmans.
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